Le Golfe : vers la fin d'une dépendance de cinquante ans
Dans le Golfe, les annonces de paix ont souvent été plus fréquentes que leur concrétisation. Un cessez-le-feu a été instauré quelques semaines après les premières frappes iraniennes sur le territoire du Golfe, mais il n'a pas survécu au printemps. Un mémorandum a suivi en été, pour s'éteindre en moins d'un mois. Chaque pause, annoncée avec une confiance croissante, s'est conclue de la même manière : des drones survolant les centrales électriques et les usines de dessalement, un nouveau point de passage fermé, et les bombardements reprenant quelques jours après leur suspension. Les émissaires continuent de faire la navette vers Téhéran. Les gouvernements de Riyad, Doha et Abou Dhabi ne considèrent pas cela comme la fin de la guerre, et après cinq mois, ils ont raison de ne pas le faire.
Il est donc impératif de réfléchir dès maintenant à la manière dont cette région peut assurer sa sécurité, sans attendre la fin des hostilités. Que la voie diplomatique actuelle aboutisse ou échoue comme les précédentes, le Golfe continuera de vivre à côté d'un État ayant la volonté et les moyens de frapper ses voisins. Ce n'est pas une question de bonne volonté, mais de destin géographique. Le Golfe a besoin d'un écosystème de sécurité, et non d'un simple parapluie sécuritaire.
La guerre a déjà montré les bases sur lesquelles il faut construire. Le matin du 28 février à Doha, les défenses aériennes et antimissiles du Golfe, développées au cours d'une décennie d'investissements et intégrées aux systèmes américains, ont tenu bon. Elles ont intercepté la grande majorité des tirs iraniens. Les frappes ne se sont pas limitées aux cibles militaires ; au Qatar, par exemple, 65 % des attaques iraniennes visaient des cibles civiles, y compris les aéroports, les centrales électriques, les installations énergétiques et les usines de dessalement qui fournissent environ neuf verres d'eau potable sur dix dans le Golfe.
La campagne de Téhéran contre le Golfe n'a jamais été purement militaire. Elle visait à faire supporter aux capitales du Golfe les coûts d'une guerre initiée par d'autres, jusqu'à ce qu'elles exigent une fin aux conditions de l'Iran, tout en infligeant un maximum de souffrances à l'économie mondiale. Cette coercition a échoué : les États du Golfe n'ont ni intensifié le conflit ni cédé à Téhéran, en partie parce que le bouclier a tenu. Cependant, l'Iran a tout de même causé des dommages économiques et exposé des vulnérabilités maritimes dont les conséquences se feront sentir pendant un certain temps.
De nombreux analystes à Washington et Tel Aviv ont interprété le refus des gouvernements du Golfe d'escalader comme de la passivité, tandis que Téhéran l'a perçu comme une faiblesse. Mais la retenue soutenue par des défenses efficaces n'est pas la même que celle née de la vulnérabilité. C'est pourquoi le Golfe reste l'un des rares acteurs avec qui toutes les parties acceptent encore de dialoguer, et pourquoi un canal avec Téhéran reste ouvert.